JeSuisTemoin.org est un dispositif de confiance. Un levier pour que les paroles se libèrent, que les regards changent, que les dispositifs existants soient mieux connus, mieux compris, mieux utilisés.
À l'origine du projet : Hitz Egin (Parler), un film de Miren Borgeais, inspiré de son histoire personnelle. Une autofiction puissante, portée par une voix qui a choisi de ne plus se taire. À travers le retour de Paola dans sa famille, c'est tout un système de silences, de violences héritées et de non-dits qui vacille. Et la question essentielle : comment ne pas transmettre ce que l'on a soi-même subi ?
L'engagement de Miren se traduit ensuite dans la construction du dispositif JeSuisTemoin.org, porté par l'association Habia — « le nid, le refuge » en basque. Un écosystème d'outils, avec des contenus jeunesse « petite enfance » et « adolescence », pour que le message circule au-delà des salles et des écrans : dans les écoles, les médiathèques, les familles, les collèges et les lycées, au service de la libération de parole de ces témoins silencieux.
Nous avons été surpris de constater que les violences sont souvent traitées en silos : violences faites aux femmes, maltraitances envers les enfants, inceste. Pourtant, dans la majorité des cas, un même foyer concentre plusieurs formes de violence. Lorsqu'un enfant est battu, il y a souvent une mère elle aussi atteinte, directement ou sous emprise psychologique. Lorsqu'une femme est violentée, des enfants en sont les témoins — et parfois les victimes collatérales. Il est donc essentiel d'adopter une lecture globale.
Cela ne veut pas dire confondre les responsabilités : la majorité des actes sont perpétrés par des hommes, et cette vérité structure notre engagement. Mais pour prévenir les récidives, il faudra aussi penser des lieux d'accueil adaptés pour ceux qui, dans un moment de conscience, pourraient vouloir sortir de la spirale de la violence.
JeSuisTemoin.org ne tend pas seulement l'oreille : il met en lumière et donne l'élan vers les ressources disponibles. Les numéros d'alerte existants (119 enfance en danger, 3919 violences faites aux femmes, 114 signalement par SMS, 3117 dans les transports SNCF/RATP). Les boîtes aux lettres mises à disposition dans certaines écoles pour les plus jeunes. Ces relais précieux, souvent méconnus, qui permettent à un enfant, un·e adolescent·e, un adulte, de dire simplement : quelque chose ne va pas. Et enfin, d'être entendu.
La tâche est immense et nous voulons faire notre part : être un relais, une caisse de résonance, un pont entre les témoignages individuels et les structures d'accompagnement. Amplifier l'action des grandes associations que nous avons rencontrées, leur donner plus de visibilité, contribuer à une mobilisation collective.
Parce que ce projet est né d'un témoignage authentique, celui d'une femme concernée. Et que ce témoignage, aujourd'hui, veut en appeler d'autres.